Il se peut que les quelques passionnés qui ouvriront un volume de la collection Velum s’interrogent, fort légitimement, sur la raison d’être de celle-ci, sur sa valeur ajoutée quant aux éditions déjà existantes, ainsi que sur le manque de notes et d’explications qui ne lui donnent pas la valeur d’une édition scientifique. En tant qu’éditeur, je me devais d’aller au-devant de ces remarques, que j’ai pu parfois entendre quant aux deux volumes précédents de la même collection.
Mais avant tout : il est vrai que les textes antiques ne constituent pas le cœur de métier de la maison elle-même : les Editions Voilier Rouge ont et conservent leur vocation, qui est de s’occuper de textes marins, ou ayant trait à la mer et à son histoire. Cette collection, simple spin-off, ne répond à rien d’autre qu’à un goût de l’éditeur pour une partie la littérature qui ne semble malheureusement pas avoir le vent en poupe par les temps qui courent. C’est bien dommage, car elle constitue le fondement d’une bonne part de la culture occidentale, et bien peu d’éditeurs en ont fait leur sujet. Ajoutez à cela le fait que je sois redevenu étudiant en lettres (en ce moment en M1 à l’université de Montpellier) : je ne pouvais pas ignorer le besoin de support pour des textes autrement disponibles qu’en ligne ou sur des versions papier souvent hors de prix.

Le but de la collection Velum est de pallier un manque de textes bruts, unilingues pour les langues anciennes que sont le latin et le grec ancien. Pourquoi ? Ceci afin de servir de base de travail pour celles et ceux qui souhaiteraient ne disposer que du texte lui-même, sans sa traduction, pour ne pas être tenté de s’appuyer constamment sur cette dernière, au cours de la lecture. Cette approche répond à une certaine méthode, qui n’est certes pas celle de tout le monde et qui peut être critiquable en soi, mais qui n’est pas dénuée de certains mérites. Ceux qui voudraient malgré tout une traduction, et ne conçoivent la littérature antique que doublée de son pendant français sont bien évidemment libres de se replier sur les éditions correspondantes. Je ne leur enlève rien. Mais par conséquent, sont également libres ceux qui me suivraient dans mes intentions.
Je n’ai pas non plus ajouté de notes de vocabulaires en bas de page ou en regard. Je n’en suis fondamentalement pas ennemi, mais sachant que chacun a reçu un parcours d’apprentissage qui lui est propre et que nous ne sommes pas tous doté de la même mémoire, l’expérience m’a montré que, d’un lecteur à l’autre, ce n’est pas les mêmes mots qui réclament des explications ou des traductions. Par conséquent, je laisse chacun libre de s’armer des dictionnaires et documents nécessaires, si besoin est. Pour eux, j’ai souhaité créer une édition aérée pour pouvoir noter (s’ils le souhaitent), au crayon ou au stylo, les traductions dans la marge ou sous le mot. Quelques illustrations viennent égayer un texte sans cela visuellement un peu sec.

Pour ce qui est des notes et commentaires de recherches, là aussi, c’est volontiers que je proposerais des interventions et une coopération avec les spécialistes et les enseignants. Cependant, étant une toute petite maison, je n’ai pas les moyens de rétribuer ces derniers avec autre chose que le plaisir et la gloire d’apparaître à côté des grands auteurs antiques pour expliquer les écrits. Cela peut sembler une perte pour le savoir, mais je m’empresse de noter que d’autres maisons, qui font paraître ces mêmes textes en version bilingue, sont bien mieux dotées que la mienne pour rétribuer les savants à la juste valeur de leurs efforts. Là aussi, celui qui souhaite les commentaires est libre de se réorienter de la manière qui lui convienne. Ceci étant dit, j’accueillerais bien évidemment à bras ouverts toute offre de coopération libre, de la part de passionnés comme de professionnels, qui me proposeraient des contributions.
La logique de production ne venant que d’un goût qui m’est propre, j’ai simplement souhaité le rendre commun par le biais de l’édition à la demande. Pour être plus clair : je me serai sans cela contenté de fabriquer qu’un seul exemplaire pour mon propre usage, mais me disant qu’en le multipliant il pouvait être utile à d’autres, j’ai souhaité prendre cette option et le mettre à un prix abordable pour tous, et en particulier les étudiants en lettres classiques.
Il n’est pas impossible que j’entende dire que ma maison d’édition exerce une activité lucrative sur le dos des auteurs. À cela je tiens à répondre que pour ce volume, comme pour tous les autres que j’ai fait paraître, le texte a été soigneusement relu, formaté, travaillé page à page pour offrir au lecteur une expérience qui puisse être la plus agréable. Agissant par plaisir et amour de la littérature, j’en veux pour preuve mon temps de production long, les quelques erreurs qui se glissent encore çà et là, malgré les relectures, et, ce que le lecteur ne sait pas, la rentabilité misérable de ces travaux de plusieurs mois. Mais qu’on ne s’y trompe pas : ce propos n’a pas la couleur d’une plainte, car malgré cela, je n’ai jamais reculé et poursuivrai mon travail pour que vivent les grands textes.
