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Coastal View with Shipping-Edwin Hayes

Pendant que la maison travaille à donner une forme matérielle à Doublet et à boucler Raveneau pour qu’il soit tout beau tout propre (et qu’il soit aussi en version papier), une question qui a donné bien du fil à retordre à l’éditeur (votre serviteur), est la question du droit des images qui servent à illustrer les livres.

Nous avons trouvé de très belles images, de magnifiques tableaux et autres oeuvres d’art. Malheureusement, les musées et instituts qui les possèdent sont assis dessus, en interdisent l’usage (parfois même le plus simple, à savoir l’usage privé), et s’en servent comme vache à lait, proposant des tarifs à la reproduction (unique par ouvrage) à faire bondir.

À titre d’exemple, l’atelier photographique de la RMN (Réunion des Musées Nationaux) me proposait la repro d’une petite gravure de voilier (à n’utiliser qu’une seule fois et sur une demi-page du corps de texte) pour rien moins que 100 Euros. Après un bref échange de mail, ils me disent qu’ils ne peuvent aller en deçà de 65 Euros. Trop cher bien sûr.

Comment font d’autres musées, qui pour le coup ont toute mon admiration, pour proposer les mêmes services et tout cela pour pas un rond?

Le portrait de la belle duchesse de Portsmouth (qui rencontre Jean Doublet en Angleterre en compagnie de De Ruyter-fils) est disponible auprès du Getty Museum de Los Angeles

Je pense au Rijksmuseum d’Amsterdam et à sa magnifique collection, digitalisée avec un niveau de détail inégalé et parfaitement libre de droits. À côté, le Louvre ou le château de Versailles ressemblent à Alcatraz : interdiction, poursuites, code de la propriété intellectuelle…pour des photos de peinture, que quelques juridictions (sensées?) ne considèrent pas comme de nouvelles oeuvres en elles-mêmes.

C’est en fait le coeur du débat : une photo de tableau constitue-t-elle une nouvelle oeuvre, protégée par des droits d’auteur? Certains disent que oui (on a déplacé le tableau, mis au point un éclairage optimal, sorti un appareil professionnel, utilisé des filtres, retravaillé la photo après coup, etc.), d’autres disent que non (une reproduction fidèle d’une oeuvre préexistante n’en constitue pas une nouvelle).

Les juridictions françaises ou anglaises sont partagées sur le sujet.

Les Américains ont tranché en faveur du non, comme les Néerlandais.

Le fils prodigue, d’Albrecht Dürer (du Minneapolis Institute of Art)

Bref, tout cela est à suivre, en attendant que les choses bougent, je dois malheureusement faire une croix sur certaines sources.

Fondateur - éditeur

Commentaires(2)

    • remy roy

    • depuis 2 ans

    le tableau en lui-même n’a plus de droits d’auteurs depuis longtemps (rappelons qu’en France l’extinction des droites d’auteurs a lieu 70 ans après la mort de l’auteur + les années de guerre).
    En revanche, c’est la photo du tableau, qui a un auteur aussi, qui est sujette à un droit d’auteur. et c’est cela que font payer certains musée et autres détenteurs de photos d’œuvres originales.
    Certains musées ne le font pas parce qu’ils considèrent qu’ils sont financés par l’état et donc tout le monde…
    Si vous alliez vous même faire la photo, vous ne seriez plus sujet à payer un droit…

    1. Bonjour,

      Je vous remercie pour votre commentaire. Mon intention était de susciter le débat sur un sujet comme celui-ci, qui sera amené à évoluer avec le temps.

      En effet, en faisant une photo d’une oeuvre préexistante, est-ce que cela en crée une autre ?
      Je vais être franc, je n’ai pas de réponse définitive. Tout est une question de perspective et d’opinion.
      Mais je comprends ce que vous me dites. Et si je faisais des photos dans un musée pour les publier plus tard, sans doute me devrait-on des droits…après, je suis libre de les faire valoir ou non.
      Selon moi, tout dépend alors de ce que je considère comme étant un travail, ayant nécessité un effort et méritant donc salaire. Le photographe du musée utilise du matériel pro pour une image en HD, travaille l’éclairage et l’image une fois la prise de vue réalisée. C’est du travail, certes. A-t-il pour autant créé une autre oeuvre ? Je ne saurai affirmer quelque chose d’absolu en guise de réponse.

      J’ai eu sous la main une étude de l’INHA (Institut national de l’histoire de l’art) datant de 2021, qui disait (en substance), que les musées gagnaient plus en libérant leurs collections de droits qu’en les conservant. Les images circulaient mieux, ce qui augmentait leur notoriété (et conséquemment le nombre de visites, etc.). Le Rijksmuseum encourage très clairement l’usage de ses images, sans avoir ostensiblement souffert de cette décision.

      Mais quitte à financer l’effort culturel national, je n’ai rien contre verser une participation. Cependant, je trouve son niveau actuel trop important (littéralement prohibitif pour une petite maison). Je serai plutôt partisan d’un abonnement annuel, calqué sur ce que pratique la Société des Amis du Louvre pour visiter le musée, mais pour l’usage des images. Cela me paraît être légitime et je le ferai volontiers.

      En tout cas, je vous remercie de votre contribution à ce post, et à votre intérêt pour les Editions Voilier Rouge. N’hésitez pas à vous abonner à la newsletter pour être au courant des futures publications et des divers sujets que j’aborde.

      Je suis à votre disposition pour toute question que vous pourriez avoir.

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